Australie part 1 : la Tasmanie et ses totems

par Chloé et Colin

Nous quittons la Chine pour l’Australie, nous quittons l’été pour l’hiver, nous quittons la chaleur pour le froid.  Nous allons en Tasmanie. On en rêvait depuis le début de notre voyage. Cette île au large des côtes australiennes (au sud de Melbourne) avait retenu notre attention il y a déjà bien longtemps, probablement grâce à son pilier légendaire : le Totem Pole.. Nous étions prêts à en découdre avec le diable de Tasmanie !

Escalade en Tasmanie

Mount Wellington et ses Organ Pipes

Arrivés à l’aéroport de Hobart, nous rencontrons Bill de « Devils campervan » avec son accent à couper au couteau. Il nous emmène à quelques kilomètres de l’aéroport pour nous présenter notre petite maison sur roulettes pour les 3 semaines à venir.

Devils campervan

Sans perdre de temps nous prenons le van en route pour Hobart.

Après une charmante après midi dans les rues de la ville, nous faisons le plein de vivres et partons vers ce qui va être notre introduction à l’escalade en Tasmanie, le Mount Wellington et ses Organ Pipes qui surplombent la ville.

Organ Pipes

La première journée est mitigée avec un brouillard épais et une fine pluie qui nous empêchent de grimper, nous redescendons à Hobart nous abriter. En effet, bien qu’à vingt minutes de la ville, la montagne capte tous les nuages. Il peut donc y faire froid et mauvais, alors qu’il fait beau et bon sur Hobart.

Le soleil est de retour le lendemain et la grimpe est fabuleuse. Une escalade technique sur des orgues doloritiques de 50m au grain abrasif. On se prépare au Totem Pole en enchaînant « After Midnight » (24, 7a+) et en essayant « Slap dancer » (27, 7c). La vue sur la ville de Hobart est fantastique.

Descente-en-rappel-Hobart

Descente en rappel sur les piliers de 60m au dessus de Hobart

Organ-Pipes

Organ Pipes et la voie « After Midnight »

Les températures ne sont pas élevées en cette saison automnale et les nuits sont fraîches, mais nous avons de la chance, la météo semble clémente pour les prochains jours. Nous partons, sans perdre de temps, pour Fortescue Bay dans la Péninsule de Tasman et son emblématique Totem Pole.

La route est douce et les paysages défilent sous nos yeux ébahis. Nous arrivons le soir au camping de Fortescue après avoir manqué d’écraser notre premier wallabie. A la tombée de la nuit, il faut faire particulièrement attention car ces animaux bondissants peuvent jaillir de tous les côtés.

Le lendemain matin, nous sommes le 5 mai et c’est jour de fête puisque c’est l’anniversaire de Colin. Le Totem Pole pour son anniversaire ? Oh que oui !

Le Totem Pole

Au sommet du Totem Pole ©Nick Greenwel

Au sommet du Totem Pole ©Nick Greenwel

Nous croisons Nick et Ryan au petit déjeuner, deux américains vus au Mont Wellington, qui projettent eux aussi de grimper le Totem Pole. Nous n’avons pas été les plus rapides, tans pis, ils partent les premiers.

La marche d’approche est superbe, on passe des forêts d’eucalyptus remplies d’oiseaux aux couleurs improbables jusqu’aux côtes décharnées par les bourrasques qui sculptent le littoral.

Le sentier arrive finalement à un dernier point de vue au dessus des falaises où nous apercevons enfin cette splendide aiguille de basalte de 65 mètres de haut qui plonge dans une mer déchaînée. Ça y est, nous y sommes. Tant de kilomètres pour parvenir à ce bout de rocher. Il semble si proche qu’on aimerait le toucher du doigt. Mais nous allons faire mieux…

Nous suivons des cairns jusqu’à arriver au relais du rappel. Les américains sont en train de descendre. Nous attendons qu’ils finissent le rappel et entament la première longueur pour se lancer à notre tour. Selon nos plans, la mer est désormais à marée basse mais les vagues semblent toujours aussi hargneuses.

Nous préparons notre rappel (Rad Line de 60m) au relais côté « continent ». Le relais fait 60m et se finit par un petit pendule de 3m pour attraper un des points du Totem Pole. La Rad Line sera notre seul moyen de retourner sur la terre ferme puisque cette corde de rappel servira de tyrolienne une fois arrivée en haut du totem.

Colin descend en premier, pendule jusqu’au totem et installe le relais à quelques mètres de l’eau. Ensuite vient Chloé qui part pour la première longueur, un 7a tout en finesse, bien protégé sur les 3/4 de la longueur avec à la fin quelques coinceurs à placer dans la fissure finale. Le rocher est compact, sculpté et de qualité.

Premiere longueur du Totem Pole

Guardian aux pieds, Colin dans la première longueur du Totem Pole

Deuxieme longueur du Totem Pole

Deuxième longueur du Totem Pole

La mer est bien excitée et les vagues viennent lécher les fesses de Colin. L’ambiance est franchement impressionnante.

La deuxième partie (7b) part d’une grosse vire très confortable. Cette longueur magnifique se déroule sur le fil de l’arête de 40m. Une escalade superbe qui se complète aussi par quelques coinceurs vers la fin. Le second tracte la Rad Line dans le sac pour éviter qu’elle ne s’accroche plus bas.

Pendant ce temps, les américains ont rejoint la terre ferme et nous sommes chanceux, ils nous prennent en photo.

Nous voilà tous les deux au sommet de ce totem, très très heureux. Un rêve réalisé !

Il est temps d’installer la tyrolienne avec notre Rad Line et de rejoindre la terre ferme. Au moment de s’élancer, instant de doute sur cette corde très fine, mais elle résiste bien avec Colin qui pendouille.

Tyrolienne depuis le Totem Pole

Tyrolienne depuis le Totem Pole

Une fois la manœuvre finie on a l’impression d’avoir quitté un bout du monde alors que le totem n’est qu’à quelques mètres. Le Totem Pole tient sa réputation et vaut le déplacement, on n’oubliera pas de si tôt cette journée !

Nous faisons la marche de retour la nuit car le soleil se couche très tôt à cette période de l’année. Arrivés à notre van, nous débouchons une bouteille de vin australien et festoyons cet anniversaire exceptionnel.

Le Moai.

Le-Moai

Le Moai

Le lendemain matin, petit mal au crâne. Le temps est maussade. Nous décidons quand même de partir à l’assaut d’un autre totem, plus accessible, car non détaché de la terre ferme mais érigé sur une plate-forme le long de la mer. Nous voilà parti pour le Moai.

L’approche est une belle marche sauvage de deux petites heures. En suivant les indications du topo nous finissons par arriver au dessus de la mer d’où nous dominons le totem. Là encore il faut faire un rappel de 60m que nous laissons installé pour le remonter une fois l’escalade finie.

Le Moai est particulièrement impressionnant ce jour là, la mer est agitée et des vague gigantesques recouvrent la plateforme. Nous attaquons le pilier par une première voie de deux courtes longueurs (qui se couplent en une), « Blunt instrument/Burning sprear » (22, 6c). Il y a trop de vagues pour notre plan initial « Ancient Astronaught » (24, 7a+). On escalade l’arête du pilier sur un rocher de qualité dans un cadre extraordinaire.

Chloe dans l'une des voie du Moai.

Chloe dans l’une des voie du Moai.

Malheureusement, la journée ne se passera pas aussi bien que prévu, Colin glisse sur les rochers mouillés en assurant Chloé et se foule la cheville. Le retour sera deux fois plus lent. Dommage que ce bonheur n’ait pas duré une journée de plus pour aller tenter un autre pilier qui nous faisait de l’œil, Pole dancer au bout du Cap Raoul.

La cheville de Colin se remet plutôt rapidement, et après quelques jours à parcourir la côte, nous remontons jusqu’au parc de Freycinet pour aller découvrir un des secteurs mythiques de l’île, Star Factory.

Star-Factory

Star Factory

La péninsule de Freycinet est cerclée de baies aux couleurs azures, de rochers orangers et de plages de sable blanc. L’endroit est magique, le beau temps est de retour, l’horizon s’étire et la grimpe est fabuleuse sur un granit à gros grains orange/jaune très abrasif rappelant celui de Cham ou Bavella.

La marche d’approche fait une partie de la Skyline traverse, une très belle randonnée sauvage passant tantôt sur des dalles, tantôt dans la végétation, puis nous arrivons au site qui jouit d’une vue incroyable sur l’océan.

Nous grimpons la fameuse classique « Antimatter » (23, 7a) qui sert de warm up au secteur qui comprend la plupart des voies les plus dures de Tasmanie, puis « Balance of Evil » (25) et Chloé tente « Decafe » (27).

Le séjour touche à sa fin, Chloé retourne en France pour un mariage, et Colin continue le tour de la Tasmanie en passant par le Cradle mountain et sa superbe randonnée jusqu’au Cradle summit. Encore quelques paysages incroyables entre Bruny Island et Hobart puis c’est le départ pour Melbourne.

Bruny Island

Bruny Island

Pour résumer, la Tasmanie est la parfaite destination pour allier nature, aventure et escalade. Certains sites se trouvent dans les plus beaux parcs nationaux, les marches d’approches sont dépaysantes et magnifiques, les paysages grandioses. La grimpe est unique avec ses colonnes au dessus de l’eau, et ses envolées de basalte. Une faune sauvage est omniprésente (wallabies, wombats, opossums, oiseaux en tous genres et diable de Tasmanie pour les plus chanceux).

L’impression d’avoir atteint le bout du monde…

Notre soif d’aventure continue sur le continent. La suite du voyage nous attend vers Melbourne, les Grampians et les Arapiles.

Stay tuned for more kangaroos !

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