Escalade en Australie part 2

par Chloé et Colin

Après la Tasmanie, nous prenons un vol pour Melbourne ! A notre arrivée nous retrouvons celui qui va devenir notre plus fidèle compagnon pour arpenter le grand pays qu’est l’Australie… notre van !
Après moultes hésitations, nous avons finalement décidé de louer plutôt qu’acheter et revendre (ce qui se fait très bien aussi, mais on ne voulait pas perdre de temps et avoir un peu plus de confort pour l’hiver).

Degustation francaise et vin australien dans le van

Dégustation française et vin australien dans le van

On prend place dans notre Toyota hiace hi-top et c’est parti !

Direction les Grampians

A 4 heures à l’ouest de Melbourne, la chaîne des Grampians semble sortie de nulle part, plantée au milieu de plaines interminables. Dans un cadre sauvage, un beau grès orangé, bien compact, aux formes incroyables offre une escalade magnifique.
Le parc national est immense ! Pour donner une échelle aux connaisseurs, Fontainebleau c’est 25 000 hectares, contre 160 000 hectares pour les Grampians (plus de 6 fois plus grand).
On distingue donc le nord des Grampians où se situe notamment le Taipan Wall, du sud avec des secteurs mythiques comme Muline et Eureka Wall.
Il faut souvent marcher une demi-heure pour accéder aux secteurs. Pas une journée ne passe sans croiser de nombreux kangourous, des émeuts ou des perroquets multicolores.

Le Taipan Wall

A notre arrivée dans les Grampians, il fait moche ! Mais alors c’est un euphémisme, il pleut et un vilain brouillard cache toute visibilité. Bien motivés malgré tout après presque deux semaines depuis la Tasmanie, nous décidons d’aller trainer nos chaussons d’escalade sur le mythique Taipan Wall !

Taipan Wall falaise australienne

Taipan Wall

Nous nous dirigeons vers la face en suivant les flèches au sol, normalement la face jaillit face à nous, mais là nous devons attendre les derniers mètres pour la distinguer difficilement.
Nous aurions pu faire mieux pour une première rencontre !
Malgré ces mauvaises conditions, nous découvrons un mur absolument incroyable !! Une face montant sur une centaine de mètres avec des prises étonnantes aux formes arrondies. Les lignes ont l’air magnifiques !
Pour commencer, les deux classiques sont « Mr Joshua » (25, 7b) et « The invisible fist » (25, 7b+). On les recommande sans hésiter !
On a également beaucoup aimé « World party » (27, 7c). Une première longueur en 21/6b, suivie de la longueur clef en 7c, assez courte. Une extension magnifique en 24/7a+ permet un long voyage jusqu’en haut de la face.

Cette dernière longueur peut aussi se faire via « The invisible fist ».
Une voie mythique faisait rêver Chloé : « Serpentine » (29, 8a) !
Une première longueur de 30m permet d’atteindre le relais de la voie (24, 7a+ ou une corde statique est installée en permanence). Ensuite une longueur de 40m serpente jusqu’au sommet du mur. Un bas de bloc sous un petit toit pour sortir du relais, une première partie en compression sur des plats, une traversée, et une deuxième partie avec une envolée sur réglettes.
Un magnifique voyage avec une gestuelle technique ! Plusieurs points fixes et quelques friends ou câblés à rajouter pour donner une petite touche de piment supplémentaire.
Malheureusement Chloé aura tous les pas mais n’arrivera pas à l’enchaîner avant le départ pour les Blues Mountains. Pas de regrets, cette ligne en plein milieu du mur du Taipan est tout simplement incroyable et rien que pouvoir la travailler était un réel plaisir !
D’autres voies sont immanquables dans le Taipan wall, « Venom » (28, 7c+) ou « Groovy » (28, 7c+), mais nous aurons pas le temps de les essayer cette fois-ci.

Grimper au Taipan wall c’est une aventure en soi ! Pour n’importe quelle voie, on s’embarque dans un beau voyage. Il faut prévoir des friends pour la plupart des voies qui sont en mixte, avoir du mental parce que les points sont souvent éloignés et se faire plaisir dans ces longues envolées incroyables !C’est vraiment une escalade indescriptible ! Il faut la vivre pour vraiment la réaliser !

Spurt

Sur la droite du Taipan wall, un autre secteur, Spurt, offre des voies courtes et péchues (et moins engagées). Le style rappelle un peu Fontainebleau avec de nombreux plats, pas mal de mouvements dynamiques et un grès assez fin.
A notre arrivée c’est là que nous nous dirigeons pour commencer. On est bien content de s’y remettre en jambe avant de s’attaquer au Taipan wall.
Il est coutume de s’échauffer sur la longue traversée au début du secteur. On la connaîtra par cœur à force d’y débuter nos journées.
Il y a les voies les plus faciles, comme « Dial-a-lama » (24, 7a+), malgré tout bien teigneuse pour la cote, mais aussi de belles voies plus dures comme « Menstrual as anything » (26, 7b+), « Sticky fingers » (27, 7c), etc.
Une voie donnait bien envie à Colin, « Tyranny » (29, 8a). Courte et intense… son pur style ! Il en viendra à bout après plusieurs essais « mitraillette », et surtout l’attente de conditions optimales.

Hollows Mountain

Également au nord des Grampians, de l’autre côté du Taipan wall, de nombreux secteurs offrent des voies variées autour de Hollow mountain.
Il y en a pour tous les niveaux, principalement dans le 6 et le 7. Les murs sont souvent assez verticales et techniques, avec pas mal de trous.
On a particulièrement aimé le secteur Van Diemens Land avec des voies comme « Cosmic psycho » (23, 7a), « Body count » (24, 7a+), et « Velvet Goldmine » (27, 7c) avec sa traversée assez endurante.

Le sud des Grampians

Le coin est plus sauvage et éloigné du reste des Grampians. L’accès se fait par des dirt roads. Ça passe bien en van mais il faut faire attention, surtout s’il a plu.

Ensevelissement-sur-les-routes-des-grampians

Enlisement sur les routes des grampians

On s’en est rendu compte malgré nous à notre arrivée. Tentant un demi-tour au milieu d’un des chemins après plusieurs jours de pluie, on s’est embourbé sur le bas côté. On a essayé de creuser pour dégager le van, placer ce qu’on pouvait sous les roues, mais rien n’y faisait. Après plusieurs heures d’attente sans que personne ne passe, on a dû appeler Road assistance pour nous sortir.
Plus de peur que de mal, on est vite reparti mais ça nous a servi de leçon, on était bien plus vigilant par la suite !
Loin d’êtres démotivés par ces péripéties, nous avions hâte de grimper !
Mauvais timing, nous arrivons aux Grampians peu après la fermeture de nombreux secteurs par le parc national. Et le sud du parc qui regroupe parmi les meilleurs secteurs autour de Victoria Range est la partie la plus touchée.
Assez subitement, pour des raisons pas toujours très claires (protection de sites aborigènes, questions économiques), Parc Victoria (qui gère les Grampians) a annoncé une liste de secteurs fermés. 8 secteurs sont totalement interdits, dont les secteurs d’exception Gallery et Millenium. Des panneaux interdisent l’escalade et y grimper expose à une amende de $1600.
D’autres secteurs se trouvent en SPA (sorte de zone protégée) et la situation n’est pas très claire. A notre arrivée en Australie, les informations sur les secteurs concernés sont vagues et contradictoires.
Une des principales motivations de notre séjour en Australie était le secteur Muline et sa ligne incroyable « Eye of the Tiger ». Un rêve pour Colin !

Eye-of-the-tiger

Eye of the tiger

Nous profitons de ce manque de clarté et qu’il n’y ait pas encore de réelle interdiction pour les SPA pour aller découvrir Muline. Dès notre arrivée au secteur après une demi-heure de marche dans une végétation parfois dense, nous nous trouvons nez-à-nez avec ce dévers incroyable.

Il ne dément pas à sa réputation ! Des couleurs vives, des teintes ocres, et des formes inimaginables. L’oeil du tigre appelle le regard !
La voie classique pour s’échauffer est « Krankandangle » (24, 7a+). Puis nous nous attaquons à la ligne mythique, «Eye of the Tiger» (29, 8a).

 

Chloe-dans-Eye-of-the-tiger

Chloe dans Eye of the tiger

Le pas de bloc du milieu est trop dur pour Chloé, Colin quant à lui a surtout besoin de travailler la conti pour garder du jus pour finir la voie. Encore un rêve qui se réalise quand il enchaîne et clippe le relais de cette voie inoubliable !
Chloé se régalera avec d’autres voies, la magnifique « Desert Rose » (27, 7c) et « Sullivan street » (25, 7b+) notamment.
Le spot est vraiment magnifique, il est bien orienté pour l’hiver et on peut y admirer le plus beau coucher de soleil. Un autre secteur nous donnait vraiment envie, Eureka wall. Il est surtout réputé pour ses longues voies en trad, notamment « Archimede Principle » (25, 7b).
Mais nous rencontrons des grimpeurs australiens qui nous déconseillent de grimper dans les SPA pour ne pas aggraver la situation pendant les échanges donc nous décidons de ne plus grimper dans aucune SPA… quel dommage !
Des négociations sont en cours, les grimpeurs se sont mobilisés pour défendre leur point de vue, et nous espérons de tout cœur que la situation va s’améliorer.

Autour de Halls Gap

Nous arpentons ensuite les petites routes de montagne pour aller grimper autour de Halls Gap. La ville est au centre des Grampians, c’est un point touristique important, à proximité des Balconies, Mackenzie falls et autres lookouts.
Plusieurs secteurs se trouvent autour d’Halls Gap mais nous y grimperons peu. La météo peut beaucoup changer entre le nord ou le sud du parc, et en hiver, il y fait très humide.
Nous n’avons fait qu’un seul secteur, Bundaleer, et les conditions n’étaient vraiment pas bonnes (le site ne prend pas le soleil en hiver et c’est au cœur de la forêt donc ça ne sèche jamais vraiment). Il y a néanmoins des voies très sympas !

Secteur-Bundaleer-Grampians

Secteur-Bundaleer-Grampians

On recommande une classique en trad, « Blimp » (20, 6b+), un beau dièdre avec de bonnes protections. « Manic Depressive » (24, 7a+) avec son étonnant départ sur un tabouret, et surtout « Touchstone Picture » (28, 7c+) et sa grosse prise en nid d’abeilles caractéristique de la ligne.
On continue avec les Arapiles
A notre arrivée à Melbourne, nous avons revu Matthieu, un vieil ami parti vivre en Australie depuis plusieurs années. Il organise un week-end pour son anniversaire aux Arapiles, c’est l’occasion pour nous de découvrir cet autre site mythique.
Situé à 45 minutes au nord-est des Grampians, une grande barre de grès gris surplombe le camping des Pines où s’installent les grimpeurs.
Contrairement aux Grampians, tous les grimpeurs se concentrent autour de cette grande pelouse, et les différents secteurs sont accessibles en quelques minutes de marche. On retrouve par hasard Milly et Antoine avec qui l’on partage de bons moments.
C’est le paradis du trad, mais il y a également des voies mixtes ou équipées, et des « petites » grandes voies. Le site offre un grès d’excellente qualité, très solide, qui permet de bonnes protections. Il y a énormément de voies faciles, c’est le terrain de jeu parfait pour s’initier à la pose de coinceurs. Les voies sont assez variées, on est loin des fissures parfaites d’Indian Creek, le rocher se grimpe souvent de face, et on protège dans toutes les aspirations de la falaise.
Dans beaucoup de voies aux Arapiles, il n’y a pas de relais en haut des voies (même d’une longueur), il faut donc redescendre à pieds, et l’un des grimpeurs monte en second pour récupérer le matériel. Cela est surtout vrai pour les voies faciles, moins à partir du 7ème degré.

Orestes Arapiles

Orestes Arapiles

Ça commence à faire quelques temps qu’on n’a pas posé de coinceurs, on attaque notre première journée au secteur The Atridae avec une belle fissure dans un dièdre « Orestes » (23, 7a), et on grimpe la voie voisine « Have a good flight » (25, 7b), équipée pour le coup.
On continue à Lois Lane wall avec une belle longueur mixte, « Debutantes and centipedes » (25, 7b).
Deuxième jour, on se régale aux secteurs The Pharos et Fang buttress avec « Spasm in a chasm » (25, 7b), « Ergonomics » (26, 7b+) pour Chloé et « Wagalak » (29, 8a) pour Colin.

Wagalak-29-Arapiles

Wagalak-Arapiles

Nous allons ensuite voir le secteur The Pharos Back wall avec « Trojan » (25, 7b), et nous passons l’après-midi à essayer la magnifique « India » (28, 7c+) à The Pharos Uncle Charlie, pas très loin de la célèbre voie « Punk in the gym » (32/8b+).

India (28, 7c+) à The Pharos Uncle Charlie

India (28, 7c+) à The Pharos Uncle Charlie

La météo se dégrade, quand nous voulons aller au secteur Henry bolte, la face est trempée. Nous ne pouvons tenter les voies convoitées : « Squeakeasy », « Henry bolte » et « Slinkin leopard ».
Nous en profitons pour faire un tour des secteurs voisins et nous allons voir « Kachoong » (21, 6b). C’est la voie la plus photographiée des Arapiles, avec une escalade aérienne sur bonnes prises dans un toit de plusieurs mètres. Arapiles est le site le plus populaire du Victoria. Nous avons été étonné qu’il rencontre plus de succès chez la plupart des grimpeurs locaux que son voisin les Grampians. Ceci s’explique sûrement par la facilité du camping, de l’accès des secteurs, et les nombreuses voies faciles, ainsi que la météo souvent plus clémente.
Nous n’avons passé que quelques jours aux Arapiles, les Grampians ont retenu toute notre attention. Nous sommes tombés amoureux de ce grès orangé absolument unique et incroyable ! Nous n’avions qu’une hâte… y retourner ! Après près d’un mois passé dans les Grampians, nous n’aurons pas croisé grand monde malheureusement, mais c’est un lieu exceptionnel où le luxe se résume à vivre en inclusion avec la nature.
Malgré la fermeture de plusieurs secteurs, les possibilités de grimper dans les Grampians restent nombreuses ! Le mythique Taipan wall, autour de Hollow mountain, autour de Halls Gap, etc. Pour l’instant en tout cas… espérons que la situation s’améliore et qu’il n’y ait pas d’autres secteurs touchés.
On s’est résigné à partir des Grampians car il nous restait encore beaucoup de sites à aller découvrir, mais nous reviendrons c’est sûr !
Direction les Blue Mountains, Nowra et Point Perpendicular maintenant !

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