Le Sultanat d’Oman avec Djebel Misht comme objectif
Le Sultanat d’Oman avec Djebel Misht comme objectif
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grimpe en afrique du sud

Chloé & Colin
par l’écume des parois
@ecumedesparois
insta > ecumedesparois

Step 3 : Le Sultanat d’Oman !
Nous retrouvons Chloé et Colin, lors de leur étape au Sultanat d’Oman. Découverte de l’escalade et un objectif: la muraille de 1000m du Djebel Misht. Un autre big pays et d’autres bigs walls


Ça y est nous quittons Madagascar pour une nouvelle étape, le Sultanat d’Oman. Une destination qui, au premier abord, n’était pas forcément au programme, mais qui s’inscrivait logiquement dans notre « tour de l’océan Indien ». Avant d’arriver au Sultanat, une escale de 9h à Dubaï nous fait visiter le Burj Khalifa (tour la plus haute du monde), et le quartier historique d’Al-Fahidi. Une ville impressionnante qui nous laissera plutôt de marbre…

Nous arrivons à Mascate, capitale d’Oman, et nous prenons nos marques dans le quartier de Ruwi. Le jour suivant nous découvrons Mutrah et son souk, ainsi que le palais du Sultan, mais surtout nous organisons ce qui sera notre moyen de déplacement le plus important pour ces prochains jours, à savoir notre Fortuner Toyota. Au pays du pétrole, le 4×4 est roi !

Djebel Misht
Une fois la bête récupérée, et après un bref arrêt au Sultan center pour acheter tente, provisions et gaz, nous filons en direction des montagnes de l’arrière pays.

Hadash, le spot de couennes incontournable du Sultanat d’Oman.

Avec un départ un peu tardif de Mascate, nous nous arrêtons avant Hadash pour notre première nuit. Nous rejoignons Kubrah canyon au coucher du soleil (qui tombe très tôt en décembre).
Nous reprenons la route le matin, nous montons la piste qui mérite un 4×4, et nous arrivons peu après au village de Hadash.

Dès notre arrivée sur les lieux, nous rencontrons Mohammed, qui nous invite à boire le café et manger des dattes dans son humble demeure. Il nous montre la falaise à 5 minutes du village (visible du parking), et c’est parti!

village d’Hadash

Café et dattes chez Saïd dans le petit village d’Hadash

Après ces longues heures de voyage depuis Diego, on a qu’une hâte… grimper!
Les voies d’escalade font environs 25 mètres sur du bon calcaire. On se régale aux secteurs Spartacus et The Pit, notamment avec les deux belles lignes « Spartacus » et « Mental discharge »
(7b+).

Hadash

1_« Ride of the Valkyries » (7c) à Spartacus area, Hadash

Nous rencontrons Jakob Oberhauser, l’auteur du topo « Climbing in Oman », qui nous fourni quelques précieuses informations sur les grandes voies à faire.
Pour ce qui est des voies sur place, par chance Larry Michienzi, fervent acteur de la grimpe omanaise, vient de sortir le topo des principaux spots de couenne du pays sur l’application Rakkup.

Notre passage à Hadash est rythmé par de l’escalade bien évidemment, mais aussi par les différents appels du muezzin dès 5h30 le matin, les allers et venues des biquettes, et la bienveillance des habitants heureux de dialoguer avec nous.
Un petit terrain plat derrière le parking du village accueille notre tente, et le lavoir du village permet de faire un brin de toilette et d’avoir de l’eau.

La Gorgette, l’autre spot de couennes à la mode « Omani » !

Entre Rustaq et Al-Awabi, c’est l’entrée du Wadi Bani Awf. Une superbe route sinueuse à flanc de montagne met à l’épreuve notre bête jusqu’au village de Bilad Sayt qui surplombe le canyon de la Gorgette, particulièrement beau avec ses champs en terrasse et ses palmeraies.

Nous continuons jusqu’au spot, et nous plantons la tente entre la piste et le canyon, sur une ancienne terrasse à l’ombre d’un palmier. Nous allons voir les voies, au frais dans le canyon, elles
sont parsemées de stries aux superbes couleurs et font très envie. Seule bévue, le tuyau d’eau qui raye toute la face de gauche du canyon, accroché au deuxième spit de toutes les voies… l’équipement a un intérêt pour tous !

La Gorgette canyon sultanat d'oman

La Gorgette et son superbe canyon, ici dans « Gorge-profonde »(7b+)

Nous écumons, comme il se doit, la plupart des voies de la falaise avec une préférence pour la rive droite (et oui…), et notamment les voies « Gorge profonde » (7b+), « The man with no name » (7c) et « Fly market » (8a, même si le crux sur mono nous résistera).
Nous ne croiserons pas beaucoup de grimpeurs dans les gorges, mais de nombreux villageois descendent au frais nous regarder grimper. L’ultra trail d’Oman passera aussi par là à notre grand
étonnement.

La piste continue au coeur des montagnes jusqu’au col de Sharaf Al Alamayn à 2000m d’altitude, puis redescend de l’autre côté vers Al Hamra. Il a trois petits spots de couenne au col que nous n’irons pas voir, bien trop attirés par les grandes voies de la vallée suivante.

Il est temps d’aller affronter quelques big walls, le Tsaranoro semble déjà loin !

Nous poursuivons la route jusqu’au pied de la fameuse muraille du Djebel Misht. Et nous nous dirigeons en face, au camp de base du Djebel Kwar, l’autre grand massif faisant face au Misht.
Arrivée de nuit au village d’Al Ayn, nous cherchons la piste derrière l’école pour l’oasis abandonnée de Manjoub. Quelqu’un nous l’indique, et nous fonçons tête baissée vers ce que nous croyons être la bonne route.
Nous trouvons finalement le bon endroit 2h plus tard alors qu’il fait nuit noire grâce à notre portable et la carte satellite avec localisation (outil qui va se révéler très utile par la suite).

Djebel Kwar Le paradis des grenouilles

Le paradis des grenouilles au Djebel Kwar

Le matin, nous découvrons les lieux, et attaquons la marche peu après le lever du soleil vers 6h30 pour entreprendre la grande voie « Le paradis des grenouilles » (500m, 13 longueurs, ED, 6b+
trad). L’approche est assez évidente, après avoir trouvé le lieu dit baptisant la voie, le fameux bassin aux grenouilles, nous enquillons la montée du pierrier jusqu’au pied de la voie.
L’escalade se déroule sur un large pilier avec quelques points, lunules et autres à demeure. Le style est alpin, il faut souvent chercher son itinéraire et passer au plus facile ou au plus logique.
Nous sommes un peu déçus par cet itinéraire, pourtant très recommandé, qui n’offre pas un rocher de si bonne qualité et une escalade si alléchante.
Nous redescendons à la tombée de la nuit au camp, magnifiquement placé au face du Djebel Misht, pour faire un bon feu et affronter la fraîche nuit à cette altitude.

Le lendemain, jour de pause à Balha. Visite du fort, et il faut déjà organiser la grande voie du lendemain. Grande hésitation, la paroi du Djebel Misht nous attire énormément, mais quel itinéraire
choisir ?!
Nous nous documentons le plus possible sur les potentielles voies dans cette grande face, et nous posons finalement notre regard sur « Shukran », la voie qui raye les 1000 mètres de la
face sud-est du Djebel Misht. Regards communs du coin de l’œil, on va tenter l’aventure!

Nous repartons pour la vallée du Misht avec une idée fixe en tête, ce sera celle la et pas une autre !

On achète des vivres pour un probable bivouac dans la paroi ou au sommet, et on contacte le plus de monde susceptible afin d’en savoir un peu plus sur la voie (nous n’avons qu’un croquis sommaire dans le topo de Jakob). Arnaud Petit, Read Macadam (qui avaient fait la voie il y a deux ans), Hamza (de la communauté « Climbing in Oman » très active sur Facebook), et notre ami Flo à Nantes (qui y était quelques années avant) nous apporteront quelques précieuses infos.

Nous trouvons un premier parking, idéalement situé pour la voie du pilier des Français, mais l’endroit est austère, nous hésitons.
Nous changeons finalement de parking pour celui du topo de Jakob, et nous nous installons dans la vallée, plus loin de la face mais plus pratique pour redescendre du sommet. Soirée anxieuse
avec potentiel échec accepté.

Levé 3h30, nuit noire. Une banane et c’est parti. Nous naviguons dans les wadis secs avec une idée assez précise de l’endroit où nous sommes (grâce encore une fois à la carte satellite et notre
localisation). Deux heures de marche forcenée plus tard et nous arrivons au pied de la face, il fait toujours nuit noire. Nous optons pour l’approche par le pilier des Français afin d’éviter les deux
premières longueurs qui semblent pourries. Arrivée au lever du jour à peu près au pied de la voie, nous avons fait les bons choix pour l’instant.

6h, le soleil arrive, il faut trouver le départ. Pas évident…
Aller on se lance, mais le temps passe vite, il est déjà presque 7h. Nous recevons des infos précieuse au moment même de commencer la voie qui confirment que nous sommes au bon endroit. Premier pas obligatoire en 6b dans un petit toit avec un coinceur qui protège dans une petite boîte au lettre, et enfin le premier relai. L’aventure peut commencer!

Les 8 premiers relais semblent équipés dans le topo de Jakob, il suffit donc de suivre ses dessins et de trouver les points à la fin de chaque longueur. Cela semble aisé à première vue mais ça va
se révéler bien plus dur ! Nous progressons tant bien que mal dans ce labyrinthe vertical en essayant de mettre le plus de rythme possible.

 Shukran au Djebel Misht

Shukran au Djebel Misht

Longueur 10, on a fait quasiment la moitié mais nous sommes trop lents, le bivouac en pleine face va s’imposer à nous. Le retour est encore possible, mais va bientôt être délicat, voir impossible à moins de laisser tout notre matos en place. A part notre rythme un peu lent, tout se passe bien. Le rocher est bon, souvent excellent et parfois moins mais reconnaissable à sa couleur plus claire, et l’escalade est superbe. On continue !

Longueur 15, le soleil se couche et il nous faut vite trouver une vire. En nous écartant un peu de la ligne, non loin du Pilier des Français, nous trouvons notre bonheur au pied d’un petit arbre.
Un matelas de corde soigneusement agencé, du pain avec du cheddar, quelques gorgées d’eau et nous partageons l’unique duvet que nous avions emmené. Nuit froide et réveil difficile mais quel pied d’avoir dormi là ! Il nous faut maintenant nous remettre dans la ligne et depuis la vire nous essayons d’entrevoir la suite. Avec l’aide des quelques photos enregistrées, nous parvenons à
distinguer le dièdre final. C’est parti, il nous reste 6 longueurs !

Bivouac

Le Bivouac

Nous arrivons au sommet un peu avant midi, très heureux et sans eau. La marche de retour de 3h est longue et éprouvante car en plein soleil (tout comme l’escalade en face sud). 4,5 litres d’eau pour deux pour deux jours était un peu léger. Nous nous jetons d’ailleurs sur la première bouteille d’eau à moitié remplie que nous trouvons au bord de la route, avant de trouver l’âme charitable qui nous ramène gentiment jusqu’à notre 4×4. Quel bonheur !

sommet misht

On approche du sommet

Une bière s’impose après un tel succès ! Peu nous en faut pour reprendre la route et filer vers Nizwa pour savourer notre première bière bien méritée après 10 jours de sevrage (il est très difficile de trouver de l’alcool à Oman). Nous nous offrons en prime une nuit d’hôtel.

Changement de décor, place au désert et à la côte nord !

Après une rapide visite du souk et de la vieille ville de Nizwa, avec son célèbre marché aux bestiaux le vendredi matin, nous reprenons la route pour les Wahiba sands à l’est du pays.

Ce grand désert de 12 500km2 permet de s’en donner à cœur joie avec le 4×4, avec en prime un bivouac au sommet des dunes sous un ciel étoilé incroyable ! Cerise sur le gâteau : le vacarme du « dune bashing » des omanais en 4×4 qui tentent de monter la dune la plus raide. Spectacle assurée et gros échec de notre côté…

Umq Bir alias Valley of giant

Umq Bir alias Valley of giant

Nous continuons le lendemain vers Sour au nord. Nous n’irons pas voir les tortues pondre leurs œufs à Ras al-Jinz, mais nous ferons une belle nuit au calme sur la plage, juste avant la piste
pour rejoindre Umq Bir, alias the Valley of giants.
Nous ne serons pas déçus par le trajet, 2 heures de piste superbe mènent jusqu’à un canyon perdu au fin fond des montagnes (maintenant en partie goudronnée, 4×4 néanmoins obligatoire).

Au bout de la piste, il faut descendre à pied pour rejoindre la petite oasis de palmiers d’Umq Bir, entourée par des faces absolument splendides, avec ses immenses blocs parsemant la vallée, et déjà nous apercevons le monolithe mythique qui nous a amené jusqu’ici (aka « The mirror », 8a+).
C’est ça qui nous anime durant ce voyage, ces endroits exceptionnels que nous n’aurions jamais vu si l’escalade n’était pas notre passion.

Dès notre arrivée, nous rencontrons Daout, un jeune du village qui nous montre le spot et qui nous suivra durant la journée. Nous grimpons sur ce pilier unique disposant de 6 voies allant du 7a au 8c. Escalade photogénique et Daout s’en donne à cœur joie pour immortaliser nos essais. N’ayant pas de crash pad, nous ne testons pas les nombreux blocs de la vallée.

Umq Bir
Nous allons ensuite nous prélasser dans le wadi avec ses magnifiques piscines naturelles d’eau chaude. Le temps semble s’arrêter dans cet endroit. Nous repartons avec Daout qui en profite pour se faire déposer au village suivant à plusieurs kilomètres.

Direction Wadi Tiwi afin de faire une dernière grande voie.

Nous dormons à Tiwi sur le terrain de foot devant la plage, puis nous rallions le village de Mibam au fond du wadi (la route est bonne et goudronnée).
Nous nous garons à la fin de la route dans le village et commençons la marche dans ce nouveau canyon rempli de palmiers, lui aussi, jusqu’au départ d’« Emilou » (500m, 9 longueurs, 6c trad). A la différence du Djebel Misht, tous les relais sont équipés et nous trouvons de nombreux points dans la voie (ce qui ne nous empêchera pas de nous tromper à la 3ème longueur, nous faisant une belle frayeur sur du rocher pourri sans pouvoir protéger). « Emilou » est une belle voie, hautement
recommandée par les grimpeurs locaux, mais clairement moins impressionnante que « Shukran ». Les longueurs dures du haut (6b/6c) sont les plus intéressantes dans les tafonis de calcaire.
Nous rentrons sur Tiwi à la nuit tombé pour profiter d’un bon dîner indien (les cuisines turque et indienne sont les plus représentés à Oman).

Emilou Wadi Tiwi

Emilou au Wadi Tiwi

Plus que quelques jours à Oman, nous rentrons sur Mascate où nous récupérons (enfin) un colis envoyé de France : de la magnésie ! Impossible à trouver à Madagascar et à Oman, nous n’en avions presque plus depuis le début du séjour et nous usions de ruses pour en user un minimum.
Inchallah notre chère magnésie EB Climbing se trouve au bureau de poste de Ruwi. Nous sommes prêts pour l’Inde !

Dernière tentative avant le départ, faire un peu de deep water solo à Bandar Jissah, mais les éléments sont contre nous et surtout le tarif du bateau trop onéreux avec le développement
luxueux de la côte (50€ pour 1h de grimpe au dessus de l’eau…).
Nous terminerons par une dernière bière, une bien meilleure idée.

Ça y est, après 20 jours à Oman, le départ a sonné. Cette étape a été plus que parfaite en terme de timing et de feeling ! Nous recommandons cette destination à tous les grimpeurs avides d’aventures et d’envolées au cœur des djebels et des wadis.

Next stop : India, oulalaaa

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