Escalade en Chine Part 1 : Liming et Shigu

grimpe en Thaïlande

Chloé & Colin
par l’écume des parois
@ecumedesparois
insta > ecumedesparois

Après avoir retrouvé Margot et les amis du Team EB à Thakhek, nous quittons le Laos, direction le nord de la province du Yunnan en Chine.
Le Yunnan est une province située à l’extrême sud-ouest de la Chine, proche du Sichuan et du Tibet. Essentiellement montagneuse, elle regroupe de nombreuses minorités, ce qui en fait une région riche et étonnante.

Nous arrivons directement à Lijiang. Le dépaysement est total !
Située à 2400m d’altitude, il fait « très » froid, pour nous en tout cas. Nous perdons 30°C comparé à la chaleur laotienne.  Nous ressortons (enfin) les doudounes, et partons découvrir la vieille ville de Lijiang (classée au patrimoine mondial).

Découverte de la vieille ville de Lijiang province du Yunnan

La vieille ville est magnifique, avec ses dédales de ruelles pittoresques où s’alignent des maisons en bois de 2 étages, parfaitement rénovées, héritage de l’architecture de la minorité Naxi ; et ses ponts et canaux desquels on aperçoit les montagnes enneigées au loin. Certes touristique, Lijiang garde un charme incontestable (et nous avons le plaisir d’être en basse saison).

La vieille ville de Lijiang.

La vieille ville de Lijiang.

Nous décidons de faire une pause d’escalade après nos pérégrinations asiatiques et continuons notre progression vers le nord du Yunnan, vers Shangri-La. La ville se situe au centre de la région sacrée des 3 fleuves : le Yangtsé, le Mékong et la Salween, à 3160m d’altitude.
Nous y admirons là encore une vieille ville toute de bois vêtue (en partie ravagée par le feu en 2014, elle se reconstruit rapidement), ainsi que le plus grand moulin à prières au monde, qui s’actionne à la force des bras en s’y mettant à plusieurs. Le soir, la place principale est assaillie de danseurs sur une musique entraînante, l’ambiance est superbe dans cette vieille ville illuminée de mille feux !
Au nord de la ville, le monastère tibétain de Songzanlin, véritable village monastique constitué de plusieurs temples et accueillant près de 600 moines, est impressionnant.

Shangri-La et son moulin à prières.

Shangri-La et son moulin à prières.

Nous avons beaucoup de chance pendant notre semaine de découverte du Yunnan, le soleil est au beau fixe et les couleurs sont incroyables !

Déjà émerveillés par les magnifiques paysages et la culture de cette région que nous découvrons, nous nous rapprochons encore davantage du Tibet et de l’extrémité de la chaîne de l’Himalaya. Depuis Shangri-La, nous traversons les montagnes jusqu’à Deqin. Le trajet est plus long que prévu au niveau du col, à plus de 4350m. La neige est bien présente et les véhicules s’arrêtent pour chaîner dans la montée (notre bus y compris).
Arrivés à Deqin, nous continuons directement 10km au sud jusqu’à Feilaisi (3300m). Cette petite ville est bétonnée et peu charmante, mais avec un panorama à couper le souffle sur les 13 sommets de la chaine de montagne Meili Snow Mountain.

Le lendemain, le réveil sonne aux aurores pour admirer le lever de soleil sur le Kawa Karpo, le plus haut sommet du Yunnan, sacré pour les tibétains, qui culmine à 6740m !
Nous partons ensuite vers Yubeng, village accessible seulement à pieds au coeur des glaciers. Le trek au cœur de la vallée est magnifique.
Depuis Feilaisi, un minivan nous dépose à Xidang hot spring d’où nous entamons notre ascension vers le col de Nanzheng avec ses drapeaux à prières (3729m). Nous redescendons ensuite et les deux villages de Yubeng, celui du haut et celui du bas, apparaissent doucement. Nous repartons le lendemain le long de la rivière encaissée de Yubeng, pour rejoindre le village de Ninong.

Le Trek de Yubeng.

Le Trek de Yubeng.

Deqin est la dernière étape avant la frontière tibétaine, mais le passage n’est pas autorisé pour les étrangers, ce qui oblige à repartir par le même itinéraire qu’à l’aller.
Nous retournons à Shangri-La, puis Lijiang, avant de nous diriger vers Liming ! (Le trajet s’effectuera plus vite que prévu avec notre as du volant que nous essayons de calmer en échangeant sur nos applis de traduction…)

Direction Liming et ses falaises de grès rouge

A 3 heures de Lijiang, Liming est un beau village composé de maisons traditionnelles sur fond de falaises de grès rouge à perte de vue ! Depuis la rue principale pavée, on ne sait où donner de la tête avec des faces sur les hauteurs dans toutes les directions.

Nous nous installons au Faraway Inn, une de deux principales guesthouses aimées des grimpeurs, et nous partons dès le lendemain découvrir les fameuses fissures qui font la particularité de Liming. En effet, l’escalade est majoritairement du trad, avec des fissures parfaites rappelant Indian Creek aux Etats-Unis.

Tous les secteurs se méritent après une demi-heure à une heure d’approche en montée. Mais à l’arrivée, la vue sur la vallée est imprenable, et les voies de qualité.

Nous commençons par le secteur Pillars, il offre de nombreuses voies faciles pour se remettre dans le bain, ainsi que plusieurs lignes mythiques comme « Clamdigger » (5.11), un beau dièdre pour s’entrainer au offwidth, toute une technique à prendre, « Morass and the balance of power » (5.10, extension 5.12b), « The Funky dan » (5.12b). Les plus téméraires pourront se frotter à « Air China », une des voies en trad les plus dures de Chine (5.13d), assez run out.

Les fissures du secteur Pillars

Les fissures du secteur Pillars (©Duan Wei).

Sur la gauche, un autre secteur, Pinecrest buttress, abrite quelques classiques pour travailler sa technique de fissure, notamment « The great owl » (5.9) et « Scarface II » (5.10c).

Que c’est bon cette grimpe! Nous étions allés aux Etats-Unis s’initier aux belles fissures verticales il y a presque trois ans maintenant, et depuis nous avions plutôt fait du trad en voies alpines. Nous retrouvons des sensations et peu à peu nous réapprenons ces techniques de grimpe si spécifiques.

On se fait coacher par les copains. Joey, Marki et Tom des États-Unis ; Travis, Gi, Ken, Nate, Kyle du Canada ; Ben d’Australie ; Tony de Hong Kong ; Karma et Vivi de Yangshuo… Beau meltingpot pot, mais les étrangers sont essentiellement des grimpeurs américains et canadiens. Pour une fois, aucun français !

Nous nous dirigeons ensuite vers la face la plus évidente, bien visible depuis le village, avec le secteur Cave area. Nous retiendrons « Equator » (5.10a, extension 5.11+), et surtout « Ding dong’s crack » (5.12a/b). Cette dernière permet de bien travailler les coincements de doigts avec un crux « taille violette » (c’est-à-dire taille de friend Black Diamond C4 0.5 pour être précis).
Sur la gauche, le secteur Cretaceous area est un must avec « Wind of the valley » (5.10+) pour se mettre en jambes, et deux grandes voies magnifiques : « Souls awakening » (5.10, 6 longueurs) et « Flying buttress ».
« Flying Buttress » est composée de trois longueurs, la première « Tarzan pitch » est une longueur d’approche vraiment pas terrible, mais ensuite, la deuxième « One of the best » (5.11+) est une des plus belles fissures de Liming ! A faire absolument ! Et la troisième longueurs est la mythique « The Firewall » (5.13+).

La plus belle fissure de Liming « One of the best ».

La plus belle fissure de Liming « One of the best ».

Le village de Liming est encore très préservé du tourisme. Des petites échoppes permettent de s’approvisionner, et des petits restaurants font notre joie pour se ravitailler.
Au restaurant, pas de menu, mais un grand frigo où nous pouvons pointer les aliments que nous souhaitons, qui nous sont ensuite préparés. Le plus sympa est de venir à plusieurs, de s’installer autour d’une grande table et de partager les nombreux mets servis au centre sur plateau circulaire, attention à ne pas tourner trop vite…
La communication se fait essentiellement par signes avec les gens du village. Tout le monde est très chaleureux, mais il faut faire preuve d’imagination pour se faire comprendre.
Le vendredi soir, rendez-vous à la « salle commune » pour voir les locaux revêtir leurs habits traditionnels et danser.
Et surtout trois fois par mois a lieu le marché. Des commerçants remplissent la rue principale, et le village s’anime pour une bonne partie de la journée.

L’autre côté de la vallée abrite aussi de beaux secteurs (le mieux est de se faire déposer en voiture au départ des chemins par le gérant du Faraway Inn).
Un de nos préférés est The Guardian (il porte bien son nom pour des grimpeurs EB!), avec plusieurs lignes magnifiques comme « Akhum-Rah » (5.11b/c), « The sphinx » (5.11c/d), « Flight of the Locust » (5.11d, extension 5.12c/d).
Et un jeté latéral légendaire : « Eagle-Eyed super hawk » (5.12c) !

Pas très loin, le secteur Bull Crag offre une belle longueur toute en finesse, « Willy the pimp » (5.12b/c). Là où même notre plus petit friend ne tient pas (C3 00 quand même!), les câblés nous sauveront la mise.

Nous finissons notre séjour par « Back to the primitive », une grande voie de 200m en 8 longueurs (5.11d max). Fissure à doigt, fissure à main, offwidth, et même une dalle pour finir… il y a de tout !

La grande voie « Back to the primitive ».

La grande voie « Back to the primitive ».

C’est Mike Dobie qui est le grand équipeur de Liming depuis 2010, avec plusieurs compères. Toujours aussi animé, il continue de développer le site mais cherche maintenant à ouvrir des voies sportives. Plusieurs secteurs de couenne ont vu le jour : Sci-fi wall, Wifi wall, et la grande face d’El Dorado qui présente un grand potentiel et est toujours en développement.
Affaire à suivre donc…

Que ce soit pour l’escalade, les paysages, le village, etc. Liming est vraiment un site majeur qui vaut le déplacement ! Il comblera tous les amoureux de trad, et même ceux qui n’en font pas (encore) !

Après ces deux semaines merveilleuses à Liming, il est temps de partir découvrir l’autre spot voisin : Shigu !

L’escalade à Shigu

A seulement 45 minutes, en direction de  Lijiang, nous partons pour un changement radical. Direction plus exactement le village de Damaidi à 6km de Shigu, au milieu des champs et plantations, entouré d’incroyables falaises, de calcaire cette fois.

A Damaidi, deux auberges, face à face l’une de l’autre, accueillent les grimpeurs. The Stone Drum House tenue par Reuben et Ling, un anglais et sa compagne chinoise, et Justake tenue par JiaYao, un grimpeur chinois.

Nous nous installons à the Stone Drum House mais les deux sont vraiment sympas, sur le même modèle ! L’ambiance est très familiale, plusieurs chambres s’articulent autour d’une cour où l’on se retrouve. Les dîners sont partagés ensemble à 19h chaque soir, là encore, une dizaine de plats au centre de la table où chacun pioche avec ses baguettes. Puis un film est projeté dans le salon, autour d’un feu lors des soirées les plus fraîches.

Place à l’escalade ! Tout est équipé, majoritairement de la couenne, avec près de 250 voies réparties sur de nombreux petits secteurs, 3 grandes voies, et encore un grand potentiel d’ouverture. C’est un calcaire assez varié entre colonnettes, gouttes d’eau et silex qui ressortent.

Nous avons chacun trouvé notre secteur de prédilection, Diamond wall pour Chloé et Cave pour Colin.

Le secteur Cave (@Chuang Liu).

Le secteur Cave (@Chuang Liu).

Diamond wall

La partie gauche de Diamond wall est une face avec de longues envolées de 35m du 6a jusqu’au 8b+, bien techniques. Elle a été ouverte par Enzo Oddo et Marcos Costa.
De belles voies dans le 6 comme « Wack-a-Mole » (6a+) et « One ten a hundred » (6c+), et dans le 7 avec « Searching For No More » (7a+), « Baijiu Creation » (7b), « Happy New Year » (7c). Ça force un peu plus dans « Sausage Club » (7c+) et son crux bien à doigt et en équilibre, « The Bicycle Incident » (7c+/8a), « Triple B Team » (8a+), ou encore « Yell Hoarse » (8b).

The Cave

The Cave, comme son nom l’indique, est une grotte avec des voies bien bloc.
Échauffement dans « Shigu Courtyard » (6c+), puis « Under the moon » (7a+) et « Over the rainbow » (7b+), avant de passer aux choses sérieuses : « I’m full » (7c+) et « Travel Diary », le premier 8a+ de Colin !

Un des nombreux projets équipés de Liming (©Joey Jarrell).

Un des nombreux projets équipés de Liming (©Joey Jarrell).

Il fait bon de vivre à Damaidi, il y a comme un microclimat et la météo est presque parfaite toute l’année. Contrairement à Liming qui est un peu en altitude, où il peut faire bien froid, Shigu se situe dans la vallée et les températures sont clémentes été comme hiver (et pas de pluie!).
Ce spot est très apprécié des grimpeurs de Yangshuo fuyant la saison des pluies, et de ceux cherchant quiétude dans ce village encore préservé. Le spot est également populaire pour ses marches d’approche presque inexistantes, les secteurs sont à 5min de la route.

Les jours de repos s’articulent entre balades dans la vallée (possibilité de louer des vélos), le marché à Shigu qui a lieu tous les trois jours (il est facile de s’y faire déposer), et farniente.
Nous sommes allés à Justake regarder tous ensemble les premières coupes du monde de la saison (Meringen et Moscow) et encourager nos athlètes préférés.

Quand nous y étions, il y avait un festival de bloc organisé du 15 au 20 avril, avec l’ouverture des premiers blocs à Shigu, dans le lit de la rivière. Nous avons revu Karma, Vivi et Tony rencontrés à Liming.
Là encore le développement du site ne fait que commencer. L’escalade en Chine est en pleine expansion, et il y a encore de nombreux sites à explorer.

Nous étions allés dans le Yunnan un peu réticents, ne sachant à quoi nous attendre. Nous avons été époustouflés ! C’est une région magnifique qui regorge de choses à explorer, en grimpe et pas seulement.

Suite du périple vers l’est de la Chine, la Grande Arche de Getu et Yangshuo.

Chloé qui se détend sur les tuffas (©Joey Jarrell)

Chloé qui se détend sur les tuffas (©Joey Jarrell)

Vous aimerez aussi :

  • Deep water mer d’Andaman
    Grimper en Thaïlande – Tonsai
  • Export Reject à Temple Area
    Escalade en Inde par Chloé et Colin
  • Djebel Misht
    Le Sultanat d’Oman avec Djebel Misht comme objectif