Du bloc à 3000 mètres d’altitude

A la cabane du Mont-Rose avec chaussons et crashpads….

Prisée par les alpinistes et les promeneurs, la cabane du Mont-Rose offre aussi des possibilités pour la pratique du bloc. C’est dans ce cadre magique que plusieurs lignes ont déjà été ouvertes par un groupe d’amis

Sur le glacier bloc cabane mont rose

Credit photo Martin Sprecher

texte : Marie Dorsaz, Ravoire
Castor, Pollux, le Breithorn et l’envoûtant Cervin. Vêtus de leurs manteaux blancs, ces sommets trônent, majestueux, derrière la cabane du Mont-Rose et sa façade argentée. Ce paysage fascinant, Guelham Zorzi et Theo Chappex en profitent entre deux efforts, assis au soleil. Après quelques minutes de pause, il faut toutefois se remettre à l’attaque. Mais les cordes et les piolets ne sont pas au rendez-vous, contrairement à ce que l’environnement pourrait laisser croire. Ils sont carrément remplacés par des crashpads et des sacs à magnésie. Car Guelham et Theo ne sont pas là pour faire de l’alpinisme. Accompagnés de leurs amis Lucien Reymondin et Martin Sprecher, ils sont montés jusqu’à la cabane du Mont-Rose pour faire du bloc… à près de 3’000 mètres d’altitude ! Une idée de prime abord farfelue que Theo souhaitait concrétiser depuis plusieurs années déjà.

Le Hofmann 7c+

Credit photo Martin Sprecher Le Hofmann 7c+

Liskamm Nordwand 8a

credit_photo_Martin Sprecher_Guelham Zorzi dans Liskamm Nordwand 8a

Du facile au 8A

« Quand je fais des courses en haute montagne, je croise souvent des blocs grimpables sur mon chemin. Lorsque j’ai vu les possibilités qu’offraient les environs de la cabane du Mont-Rose, j’ai proposé à des potes d’y monter quelques jours rien que pour y ouvrir des lignes» explique le Valaisan. «La présence de grimpeurs avec leurs chaussons et leurs crashpads à cette altitude est probablement une première en Suisse ! » Parmi les nombreux rochers qui semblent tenir en équilibre au-dessus du glacier du Gorner, les grimpeurs ont déjà ouvert plusieurs voies, principalement dans le septième degré. « Le Hofmann » (7C+) et « Le Jo » (7C) plairont aux techniciens alors que « Boulder café » (7B) et « Marche thé » (7A) attireront davantage les amateurs de mouvements puissants. « Il y a aussi ce très beau 8A que nous avons appelé « Liskamm Nordwand » en référence à une face mythique qui se trouve juste derrière », explique Theo. Bien qu’elles ne portent pas de noms pour le moment, des lignes dans les cinquième et sixième degrés s’offrent également aux grimpeurs débutants.

Projet

credit photo Martin Sprecher Projet

Une activité supplémentaire

« Les voies sont vraiment intéressantes, mais c’est surtout le cadre incroyable qui les entoure qui vaut la peine de monter jusqu’ici », déclare Guelham, faisant référence à la marche d’approche quelque peu pénible. Pas moins de 3h30 sont en effet nécessaires pour atteindre la cabane du Mont-Rose. « Avec un crashpad de 8 kilos et du matos sur le dos, je peux vous dire qu’on a sué! » Une ascension qui n’est pas passée inaperçue auprès des promeneurs et des alpinistes «Les gens qui nous croisaient pensaient qu’on allait faire du parapente. Certains nous demandaient à quoi servait ce matelas portable. On leur répondait, en gardant un air très sérieux, qu’on allait tourner un film pour adultes à haute altitude», rigole Guelham en enfilant ses chaussons. S’il a lui aussi été étonné de voir des grimpeurs débarquer avec leur matériel, Peter Rubin, gardien de la cabane du Mont-Rose, pense lui aussi que le bloc peut devenir une activité supplémentaire autour de la cabane. « L’environnement et les possibilités sont idéales » assure-t-il, avant de plaisanter : « tant que les gens viennent avec des matelas pour grimper et non pour dormir, ça me va !»

Theo Chappex

Article:Marie Dorsaz – 1ère parution « Les Alpes » juillet 2016