3 voies à faire dans les Aiguilles de Bavella

Par EB , le 22 novembre 2021 , mis à jour le 22 novembre 2021 - 8 minutes de lecture
corse escalade aux aiguilles de bavella

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par Chloé et Colin
5 ans plus tard, nous revoilà au pays des tafonis, de la coppa et des biquettes. Et pour notre plus grand bonheur, les aiguilles de Bavella sont toujours aussi somptueuses. Après une nuit en ferry, nous débarquons à Ajaccio et filons directement vers Zonza.

Il est 6h du mat et nous avons bel et bien prévu de grimper une aiguille en arrivant. Il y a 5 ans nous avions été subjugués dans les voies de la Punta di U Corbu avec le Dos de l’éléphant et Jeef, et au contrefort de la Punta Rossa avec la Célébration du lézard.

Les Aiguilles de Bavella

Cette année, pour ces quelques jours, nous avons la chance de découvrir trois autres voies sur trois beaux sommets :

  • Esperanza à la Punta Rossa
  • Aqua in Bocca sur les Teghie Lisce
  • Nirvana à la Punta Lunarda

Punta Rossa : Esperanza

Premier jour, nous nous rendons au pied de la Punta Rossa pour en découdre avec une voie qui nous avait fait de l’œil : Esperanza (6 longueurs, 7b+ ou 6c/A0max).
Après un passage éclair à la charcuterie pour un bout de coppa, nous nous garons pour entamer la marche d’approche. Le boucher nous avait pourtant prévenu : “fin Août, faites attention aux orages” (avec l’accent corse).
Punta Rossa : Esperanza
La marche est longue et les nuages déjà de la partie, ce qui au final nous évite un coup de chaud.
On passe au pied de la Célébration du lézard, et on poursuit dans le goulet pour atteindre après une bonne heure et demi de marche, le pied du 6a de la première longueur.
Les premières longueurs se passent bien et ne sont pas trop dures mais on retrouve l’engagement de Bavella entre les points (niveau matos : 7 dégaines seulement…).

Punta-rossa---Esperanza
A partir de la 3ème longueur, on rejoint la face truffée de tafonis qui nous donnait tant envie.
Cette longueur incroyable en 6c/A0 ou 7b+ remonte de façon aérienne les tafonis jusqu’à la longueur suivante.
Cette dernière, en 7a, s’avère être assez corsée, en traversé sur des tafonis assez physique pour commencer, et un final avec une dalle pas facile à négocier (le 7b ne semble pas être volé).
Vient ensuite un 6c avec un très beau départ physique, un passage dans un trou et une fin un peu malcommode où il ne faut pas tomber (les friends auraient pu être rassurants mais ne sont pas évidents à poser).
On arrive sur un premier sommet qui cache en réalité une dernière petite longueur superbe en 7a, complètement sculptée et dans des couleurs incroyables, que nous ferons dans le brouillard le plus total.
Punta Rossa bavella

Descente en rappel dans la voie avec un fil d’araignée dans un épais brouillard plutôt impressionnant à R4, et marche de retour éreintante sous quelques gouttelettes pour cette première journée en Corsica.

Le lendemain, il pleut vraiment, ce qui nous oblige à rester à l’auberge du col et à feuilleter le livre d’or (une mine d’informations et de bonnes histoires à lire).

Suite à ces lectures et à l’engouement pour la voie Aqua in Bocca sur les Teghie Lisce, nous décidons de nous y lancer à notre tour pour notre 3ème jour.

Teghie Lisce : Aqua in Bocca

Cette fois, il fait grand beau et la marche d’approche est vite avalée dans le maquis.
On retrouve la première longueur d’Aqua in Bocca (10 longueurs, 7a max) et nous voilà partis de nouveau sur ce beau granite.
La 2ème longueur est un 7a technique magnifique mais qui nous semble en partie gâché par un équipement trop rapproché (au pistolet à spits ?!).
S’en suit 2 belles envolées en 6c afin de rejoindre le sommet du premier pilier.
De là, nous marchons un peu pour rejoindre la base des fissures larges qui suivent.
Chloé lance les hostilités avec un dièdre/fissure malcommode en 6b+ qui lui vaudra une bonne éraflure à l’épaule, tandis que Colin continuera le laminoir en 6c en grognant tout du long afin de s’en extirper.
A la 7ème longueur, on note un changement de style radical, on était dans un mode ramping et là on se retrouve devant une dalle complètement lisse, équipée pour le coup assez aéré (contradiction avec la deuxième longueur en 7a).
Cette dalle en 6b+ sur le papier nous apparaît bien coriace, surtout en plein soleil avec les mains moites mais heureusement nous avons la magnésie EB.
Nous finissons la voie par deux longueurs plus faciles tout en friction qui nous rappellent ces fameux pas d’adhérence du Dos de l’éléphant.
Acqua in bocca
Pour arriver en haut du sommet, il faut marcher un peu car l’arrivée se fait sur l’épaule des Teghie Lisce.
Rappel dans la voie, marche de retour et baignade dans le Pulichellu pour un rafraîchissement bien mérité.

Le lendemain, nous restons au col. Après une journée détente, Colin souhaite en découdre avec une voie qui a marqué ses débuts d’escalade à Bavella, là où tout a commencé pour lui. Il s’agit de Bleu comme l’orange (7c+), la voie la plus dure du col avec une dalle des plus mythiques. Après une montée pour mettre les dégaines et caler les mouvements, Colin parvient à enchaîner cette dalle et à clore le chapitre de ce petit bout de caillou qui a eu tant d’importance pour lui. La Pietra était bien bonne ce soir la !
dalle a bavella
Bleu comme l’orange 7c+ – Col de Bavella

Punta Lunarda : Nirvana

Pour notre dernier jour à Bavella, nous voulions absolument faire un tour du côté de la Punta Lunarda, cette majestueuse pointe qui domine l’horizon. La météo se dégradant sensiblement nous optons au final pour la voie classique des lieux, Nirvana.
la Punta lunarda Bavella
Contrairement aux deux voies précédentes, Nirvana (6 longueurs, 7a max) est une voie sur friends, où le numéro 5 est plus que conseillé !
Il nous tarde de perfectionner notre technique des fissures larges.
La marche d’approche est longue et un peu laborieuse. Au passage des grandes dalles nous bifurquons dans la végétation qui les longe sur leur côté gauche, toujours en suivant des cairns.
Nous perdrons quelques minutes à essayer de retrouver le chemin classique après le ressaut des dalles.
Une fois arrivée en bas de la face, la première longueur est évidente et l’escalade tout de suite bien ludique.
Un premier 6b+ en dièdre facilement protégeable jusqu’à un bloc coincé puis une dalle toujours dans le dièdre où l’on est bien content de placer pour la première fois le #5.
Chloe dans Nirvana à bavella Corse
La deuxième longueur en 6a+ serpente jusqu’à trouver une belle petite fissure à main. Ensuite on suit une ligne logique en offwidth où on coince à peu près toute les parties de son corps.
La longueur 4 en 7a est une vrai fissure à mains en très léger dévers qui est magnifique (on a hâte de tester les nouveaux gants de fissure Eb Climbing qui seraient bien confortables pour cette longueur).
S’ensuit la longueur 5, un magnifique dièdre criblé de tafonis sur sa droite, mais on grimpe dans les doubles fissures centrales.
magnifique longueur
La dernière longueur est particulièrement esthétique et nous a valu un bon fou rire au passage du boyau (petit trou par lequel il a fallu enlever le casque et quelques friends pour pouvoir passer…).
Le sommet semblait absolument parfait mais nous n’en profiterons pas vraiment car les nuages nous aurons rattrapés, masquant toute visibilité.
Clhoe à Bavella Corse
Les rappels se passent presque sans encombre, encore dans une thématique brouillard total.
Il est temps de se dépêcher d’entamer la bonne heure de marche pour descendre, et on est très heureux de trouver les deux rappels qui permettent de filer sur les dalles contournées à l’aller.
Après un plouf, nous rentrons vers Solenzara, pour le seul resto que nous trouvons à notre arrivée : un kebab.
Nous filons ensuite vers l’Ile rousse au nord pour rejoindre des amis et passer des vacances plus calmes entre mer et soleil.
Mais déjà des voies nous font rêver, ce qui est sûr c’est que notre histoire a Bavella n’est pas finie !!