Interview de Olivier Fourbet

EB: A 44 ans, tu viens de franchir, pour la première fois, l’échelon mythique du 9A, qu’est-ce que cela représente pour toi?
OF: Je suis, bien sûr, super content d’avoir réglé ce chantier à la maison sans avoir lâche l’affaire, car j’ai souvent du mal à essayer trop longtemps la même voie. Ça m’a fait plaisir de passer la barre du 9a et ça a peut-être plus fait plaisir à mon fils qui me tannait depuis un moment avec ce projet. Avec du recul, ce n’est pas le plus important, cela reste de l’escalade…
EB: Peux-tu nous décrire la voie?
OF: La voie commence par pas de bloc en 7c sur une proue, avec des talons délicats à placer. Puis vient ensuite une section de résistance sur réglettes qui rejoint la partie du milieu de la fameuse voie « La guerre de Rame » en 8a. Un semi repos permet de récupérer avant une section très rési de 16 mouvements sur petites prises. Un changement de main difficile sur un tri rend la dernière partie délicate avant d’arriver sur quelques mouvements plus cools pour clipper le relais.
EB: As-tu suivi une préparation spécifique pour l’enchaînement?
OF: Depuis le mois de novembre 2013, je n’ai pratiquement plus grimpé en falaise, notre région ne s’y prêtant pas trop en hiver. J’ai fait beaucoup de ski de rando et des séances sur pan, avec toujours dans le coin de ma tête l’intention d’essayer cette voie dès que les conditions seraient bonnes. A partir du mois de mars j’ai fait du spécifique pour la voie, force et résistance sur panneau.
EB: As-tu senti qqch de différent le jour de la réussite? Étais-tu serein, confiant ou était-ce une surprise totale?
OF: Il y avait de très bonnes conditions. Il y avait du vent et il faisait froid. J’avais fait 2 séances avec de bons essais la semaine d’avant. Le jour J, à la première montée, je me sentais bien. Le coup d’après ça a fait en donnant tout ce que j’avais. Je suis descendu blanc comme un cachet d’aspirine…tellement j’avais forcé sur la fin pour rien lâcher.
EB: Quel modèle de chausson as-tu utilisé? et pourquoi?
OF: J’ai grimpé avec des avatars pratiquement neufs, pour la précision du talon et la rigidité du chausson neuf.
EB: Toi qui maîtrise le 8ème degré depuis 30 ans, quel regard as-tu sur le niveau actuel des voies et des répétiteurs par rapport à tes débuts?
OF: Quand j’ai commencé l’escalade, le 7a existait tout juste. Il s’est passé bien des choses depuis. Au cours des 10 dernières années, le niveau a explosé avec l’arrivée des salles d’escalade pour l’entraînement. Le niveau des meilleurs est hallucinant (9a à vue). Paradoxalement, on trouve dans les vieilles falaises des classiques en 8a qui demeurent vraiment très dures et délicates à enchaîner.
EB: Quels sont tes projets futurs?
OF: Continuer à grimper, skier, me faire plaisir encore longtemps. Plein de voies en projet à la maison, plein de saucissonnages en perspectives, et des envies de découvrir d’autres falaises plus lointaines.








