Hulkosaure équipée et ouverte par Christophe Louis
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Rarement reconnu à sa juste valeur, l’équipeur et ouvreur de voies d’escalade est un grimpeur de l’ombre qui « construit » nos rêves. Christophe Louis  grimpeur du Team EB nous présente Hulkosaure une voie superbe qu’il a équipé et ouverte dans le Verdon pour le plaisir des grimpeurs.

L’équipement d’une voie, peut être un long cheminement.

christophe louis et ebCela peut-être amorcé après une longue recherche où un simple hasard. En tout cas, ce n’est jamais anodin pour un équipeur que de tracer une ligne. Ce qui paraît évident pour un grimpeur venant faire une belle voie ne l’a rarement été pour celui qui l’a tracée.

Hulkosaure

L‘équipement de Hulkosaure a commencé par un coup de fil de Bruno (Clément) qui avait équipé un immense dièdre au milieu d’un secteur, aujourd’hui appelé Hulk et pensait, sans en être très sûr, qu’il y aurait d’autres voies à faire à côté. Ainsi, un peu incertain au début, j’équipais pendant cet été 2007 quelques lignes à gauche de son dièdre. Le spot, situé en rive gauche du Verdon, sur la falaise de l’Encastel, juste en aval de la falaise du Duc offrait un rocher riche en prises et des voies abordables… Bonne surprise ! Le secteur était lancé.

hulkosaure

Une colo en forme de dorsale

Il y avait cette immense colo perchée à 20m de haut qui nous attirait. Seul problème, l’accès : 20m de rocher un peu austère, et une zone lisse sous la colo.
La curiosité était trop forte, cette foutue curiosité qui nous anime et nous fait perdre parfois des journées entières de galère pour finalement renoncer… Bref je m’y colle : une bonne journée pour plaquer la stat. sur les 40m de la voie et un premier constat : c’est dur mais faisable.

Du repérage à l’équipement

L’équipement de la colo prendra une heure : tout se passe sur un seul axe. Il n’y a rien d’autre que cette grosse concrétion carrée, trop large pour être serrée, isolée sur un mur lisse. Pour le reste, ce sera trois jours de nettoyage, de renforcement de prises sur du rocher de face nord. Il s’agissait de ne pas se louper : deux petites écailles à sikater permettaient de toucher la colo sans vraiment tailler ni avoir un immonde pas de bloc. Le nom est vite arrivé, mélange entre le nom du secteur qui a pour origine les ballerines «Hulk» et du «dinosaure»(célèbre colo de Seynes)

La beauté de la ligne qui prenait forme me motivait pour passer du temps à nettoyer cette marche d’approche. Il ne m’a jamais paru si évident que plus le boulot serait bien fait et moins il se verrait. En tout cas, je venais d’équiper ma plus belle ligne, et tant pis si je n‘avais pas le niveau de l’enchaîner.

Mes premiers essais dans Hulkosaure

Les premières montées furent laborieuses, la marche d’approche était finalement abordable (7c) mais la colo complètement déroutante. A chaque fois que je visite une voie que j’équipe, je suis impressionné, je la surévalue, j’ai même plus la trouille de m’ engager sur les points que j’ai moi même posés que sur ceux des autres… incompréhensible.

charlotte durif dans hukosaure

Charlotte Durif dans Hulkosaure

Très vite, d’autres grimpeurs sont venus la visiter et l’enchaîner : la cotation avoisinerait le 8b, mais dans un style atypique ! Les premières réalisations se sont même faites à vue. Bah oui, il n’ y a qu’une prise à compresser sur 20m, une fois le 7c du départ réalisé. Voir ces grimpeurs, certes plus forts que moi, enchaîner la voie me motivait et faisait tomber des barrières que je me mettais moi même dans la tête… Comme quoi, faire une première reste toujours plus dur que de répéter une voie.

J’ai même eu la surprise de voir la voie en photo pour une pub, avec une star montante. Petite amertume de voir que le milieu ne se souciait pas beaucoup de savoir qui l’avait équipée. Moi, j’avais envie de le faire savoir car c’était LA plus belle que j’avais équipée.

Je me suis rendu compte à cette époque que beaucoup de grimpeurs viennent consommer sans se renseigner de l’origine des voies, sans être curieux de savoir qui était derrière. D’ailleurs, cette voie a longtemps été associée à Bruno. En amont d’une voie, il y a des points à payer, des heures passées à la rendre grimpable, et surtout une motivation, des projections de la part de l’équipeur. Pendant ces heures passées sur la corde à peaufiner le travail, on s’imagine grimpant sur les prises mais surtout on anticipe les réactions, les impressions des autres grimpeurs, plus ou moins à la recherche de valorisation.

L’enchainement de la voie

Un an plus tard, on enchaînera cette voie, avec Seb Bouin. Le gamin que j’avais vu faire ses premiers 7c était devenu un solide grimpeur, bien sympa, sur sa rampe de lancement vers le très haut niveau. Lui et d’autres m‘ont permis de progresser dans la voie, de voir que je pouvais la faire, même si ça se rapprochait de mes limites. La boucle était bouclée. Le parcours entre le début de l’équipement d’une voie et son enchaînement peut parfois nous occuper l’esprit d’une façon disproportionnée…

Christophe Louis

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